Le Juge – 1959
Prépublication dans « Spirou » (1021-1042) entre novembre 1957 et avril 1958
À notre sens, cet album marque vraiment le début de l’ère Goscinny. Après trois albums passés à forger son style, il tente pour la première fois de créer un album conçu comme une vraie histoire, avec une trame narrative qui court sur les 44 pages, et non plus comme une succession de situations cocasses. On peut considérer « Le Juge » comme le premier grand scénario de René Goscinny, toutes séries confondues. Il avait 31 ans quand il l’écrivit. Certains puristes ont décelé quelques failles (lire ci-dessous), mais le souffle du talent du maître est déjà très puissant.
Le sujet de l’album repose sur la personnalité extravagante de Roy Bean (inspiré d’un personnage réel), un prétendu juge, qui rançonne et terrorise la population de Langtry (Texas), une bourgade situé à l’Ouest du Pecos, le fleuve qui marquait à l’époque la fin de la civilisation. Lucky Luke va bien sûr combattre ce personnage cynique, cruel, cabotin et illettré, adepte de la justice spectacle. René Goscinny invente sous nos yeux l’un des personnages les plus truculents de toute son oeuvre.
Les moments forts des albums sont constitués par les intervention de l’ours Joe, à qui Roy Bean confronte les justiciables.
Comme d’habitude, les habitants de la ville sont peureux et en plus, superstitieux, seule la peur des fantômes parvient à les pousser à la révolte. A noter que Lucky Luke par son charisme et sa bonté naturelle remettra le juge dans le droit chemin, mais il fait preuve aussi de rouerie en favorisant l’émergence d’un second malfaiteur de poids, Bad Ticket, seul moyen de contrecarrer l’influence de Roy Bean. Le personnage du croque-mort ajoute évidemment du piment à cette aventure, Goscinny saura creuser cette veine par la suite au point d’en faire un archétype de la série.
Les allusions assez discrètes à Lily Langtry sont historiques, le vrai juge était amoureux de cette actrice anglaise qu’il n’avait jamais rencontrée. Mais son portrait était accroché au-dessus du bar de son saloon. Le juge avait même débaptisé le village, Vinegaroon en son honneur devenu Langtry. On peut penser que Goscinny n’a pas développé ce personnage pourtant si romanesque pour ne pas enfreindre la morale des éditions Dupuis et la loi de 1949.
Lucky Luke encore cow boy au premier sens du terme
Pour la dernière fois avant longtemps, , Lucky Luke est mis en scène en tant que cow boy au sens premier du terme. Il est chargé d’accompagner un troupeau de Austin (Texas) à Silver City (Nouveau Mexique). Il faudra attendre quinze ans et « Le Cavalier Blanc » pour retrouver LL dans l’exercice de son métier.
Le récit est précédé d’un article fouillé qui raconte la vie du vrai Roy Bean (1823-1902), photos à l’appui, écrit par René Goscinny. Dommage que cette veine documentaire n’ait pas été renouvelée plus souvent.
Avec cet album, se termine la numérotation par Morris des planches d’un album à l’autre. La dernière planche est la 566.
Lu sur internet : « Côté dessin, Morris reste d’une désinvolture talentueuse. Il faut voir la dernière case de la planche 530 où il se permet d’esquisser à peine, la foule qui se presse pour assister au procès de Luke. Chez beaucoup cela apparaîtrait bâclé, chez lui, ça passe. C’est dynamique, incroyablement cadré, d’une facilité apparente déconcertante. » (Site Lireka, auteur ecceom).
Certains puristes ont trouvé des imperfections au scénario du Juge comme le démontre ce commentaire lu sur internet : » J’ai toujours eu du mal avec cette histoire. Pourquoi Lucky Luke se laisse-t-il faire par un vieil inconnu et se fait embarquer comme prisonnier pour un procès ? Il aurait pu le désarmer en une seconde, et prouver son bon droit sur le troupeau de vaches en deux minutes en lui montrant un papier. » (Bourriks sur le site Reddit). Lire ci-dessous une autre réserve.
Les références
On peut imaginer que Goscinny s’est inspiré librement du film de 1940 « Le cavalier du désert » (« The westerner ») de William Wyler avec Gary Cooper et Walter Brennan. » .
La réplique
« Qu’on les pende ! «
Curiosités
Cet album a été adapté au cinéma en 1971 par Jean Girault, mais curieusement, le personnage de Lucky Luke n’apparait pas dans l’histoire. Le personnage de Roy Bean est incarné par le chanteur Pierre Perret. On trouve aussi Robert Hossein au générique.
Un autre film relatif au célèbre juge est sorti en 1972, « Juge et Hors la loi » (« The life and times of Judge Roy Bean » de John Huston. C’est Paul Newman qui interprétait Roy Bean. Dans la distribution figuraient Jacqueline Bisset, Anthony Perkins, Stacey Keach et … Ava Gardner dans le rôle de Lily Langtry vieillissante.
Personnages historiques
Roy Bean : 1823-1902.
Lily Langtry, actrice anglaise (Marie-Charlotte Le Breton) : 1853-1929.
Un internaute nous écrit
« J’ai noté une petite incohérence dans les dialogues du Juge : revolver au poing, Lucky Luke s’avance vers Bad Ticket pour le sommer de lui rendre son bétail… Alors que ce bétail et les vachers qui le gardent ne font qu’attendre, en pleine campagne, loin de Langtry, le retour de Lucky Luke ; aucun des deux juges rivaux n’ayant pensé à confisquer le troupeau ! »
Jean-Michel Bohrer
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