L’homme qui tua Lucky Luke - 2016

En 2016, la série Lucky Luke connut une innovation majeure avec la sortie aux éditions Lucky Comics d’un album nommé « L’homme qui tua  Lucky Luke », signé de Mathieu Bonhomme au scénario et au dessin. Ce n’était pas un album de plus, dans le style de l’héritage plus ou moins réussi de Morris et de Goscinny qui a produit tant d’opus médiocres. Lucky Luke y est dessiné d’une façon plus réaliste et l’histoire et le rythme y sont d’une facture différente, plus lents et sans gags, quasiment sans humour. L’atmosphère est résolument sombre comme le suggère d’entrée la météo pluvieuse. On note des cadrages soignés, très cinématographiques. Lucky Luke lui-même est très sobre et laconique, plus encore qu’à l’époque de Morris seul. Il ne sourit pas, il est du côté du bien mais il n’a pas le surplomb et le détachement que lui donna Goscinny. Il est rude, presque brutal comme il le fut dans les tout premiers albums de la série.

Jolly Jumper aussi est redevenu un cheval (presque) comme les autres. Mathieu Bonhomme ne convoque pas les personnages secondaires habituels, pas de Dalton, pas de Ran Tan Plan. Mais on retrouve Laura Legs, danseuse de saloon vue dans « Le Grand Duc », seule concession au passé et seule reprise d’un personnage inventé par René Goscinny.

On est finalement dans un western presque classique assez proche de Blueberry, ce qui nous rappelle la fameuse planche du « Pied Tendre » redessinée par Jean Giraud en 1971 pour les 25 ans de la série.

Mathieu Bonhomme ne cherche pas à reproduire le style de Morris même s’il reprend certains codes esthétiques du créateur, la monochromie par exemple. Selon Mathieu Bonhomme, LL a emprunté ses traits à Estbeban, un des personnages de ses albums précédents. Le dessinateur fournit aussi une image magnifique d’une diligence en train de freiner. Sommet graphique de l’album.

Mathieu Bonhomme joue aussi la carte de la mise en abîme. Lucky Luke y est montré comme une gloire du Far West, connu dans les villages les plus reculés. L’allusion au tabac est également un joli clin d’œil au mythe forgé par Morris et Goscinny.

Cette nouvelle version de Lucky Luke est à notre sens une réussite, une régénérescence de la série, 70 ans après sa création, 15 ans après la mort de Morris et surtout, 39 ans après celle de René Goscinny.

Références

Il faut lire dans sur le site « Babelio », la critique de Nastasia B. Cet (cette?) internaute trouve quelques références cinématographiques significatives comme « Impitoyable » de et avec Clint Eastwood (1992). « L’homme aux colts d’or » d’Edward Dmytyk avec Henry Fonda, Richard Widmark et Anthony Quinn (1959).

On ne peut pas ne pas penser à « L’homme qui tua Liberty Valance » de John Ford avec John Wayne, James Stewart, Vera Miles et Lee Marvin, référence assumée par Matthieu Bonhomme lui même sur le site « age bd.com ». L’auteur cite d’autres sources d’inspiration. Il évoque le célèbre « Règlement de comptes à OK Corral » de John Sturges avec Burt Lancaster et Kirk Douglas (1957) puis « La cible humaine » (1950) de Henry King avec Gregory Peck.

La couverture, ainsi qu’un passage du récit, où le héros apparaît vêtu d’un poncho sous la pluie font évidemment penser à l’univers de Sergio Leone, et ses fameux westerns dits « spaghettis » qui ont eu tant de succès dans les années 60 et qui ont renouvelé le genre.